Traumatisme et résilience: comment s’en sortir ?

Au cours de notre vie, nous allons tous passer par des moments difficiles, c’est inévitable. Certains seront plus durs que d’autres, et certaines personnes arriveront plus difficilement à aller de l’avant. Près de la moitié d’entre nous connaitra un jour un traumatisme grave. Mais au fond, qu’est ce qui nous différencie? Comment faire pour surmonter la souffrance? Quels sont les outils pour reprendre un cours de vie le plus normal possible?

L’origine de la résilience

L’histoire raconte que le concept de résilience s’apparente à celui du « Kintsugi » (jointure en or). Ce terme renvoie à la réparation de porcelaine brisée par une laque saupoudrée d’or. Cette philosophie veut que lorsque quelque-chose se brise, il n’est pas juste bon à être mis à la casse, mais il peut être réparé tout en prenant en compte son passé, ses blessures, ses fêlures. Elles sont d’ailleurs mises en avant, et non cachées, par de l’or. C’est le début d’une nouvelle vie avec un « corps » qui a subit les assauts de la vie, mais qui continue d’exister. Un nouveau départ.

Comment se remettre d’un traumatisme ?

Les traumatismes sont évidements divers, mais ils peuvent se ranger en deux grandes catégories: les traumatismes aigues, considérés comme les plus graves, les plus soudains, comme la perte d’un proche, un abandon, un viol… et les traumatismes insidieux, qui s’installent sur le long terme, dont on ne soupçonne pas l’impact, comme des insultes quotidiennes, une perte de repère, une rupture progressive avec les gens que l’on aime…

– Pendant le trauma

Lorsque le traumatisme est aigue, il est important de pouvoir réagir dans l’immédiateté. Il est impossible pour la personne vivant le traumatisme d’agir, de réagir, l’état de sidération est absolu. Ceux qui accompagnent, si tel est le cas, peuvent, physiquement, couvrir la personne traumatisée, avec une veste, une couverture, l’envelopper. Cette sensation de cocon, de soutien, d’être contenu est importante. Il ne faut pas non plus demander tout de suite de s’exprimer. Nous pouvons attendre deux ou trois jours afin de pouvoir mettre des mots, même très vagues, sur ce qui s’est passé.

– Après le trauma

Une fois que nous sommes dans un temps post-traumatique, quel que soit ce traumatisme, notre manière de réagir ne sera pas la même que celle des autres. La manière de nous en sortir non plus. Sachez que, quelque soit la cause du malheur, il faut commencer par prendre son temps. Cela semble plus facile à dire qu’à faire, mais le temps est nécessaire pour prendre du recul, pour juger la situation. Il est essentiel également pour se demander quels sont nos facteurs de protection, à savoir quelles sont mes compétences, quels sont mes acquis, quelles sont mes croyances… Et surtout, suis-je bien entouré. C’est la question centrale à tout traumatisme, car le meilleur moyen de ne pas s’en sortir, c’est la solitude.

Avoir quelqu’un auprès de soi, quelqu’un de confiance avec qui nous aurons plaisir à parler et qui nous sécurise nous permettra d’accéder au soutien. Ce peut être un proche, un membre de notre famille ou un ami. Ce peut-être un psychologue ou un psychiatre, quelqu’un dont c’est le métier, qui ne vous jugera pas et avec lequel l’affect ne rentrera pas en jeu. Ca peut aussi être un membre de la communauté religieuse (prêtre, imam…) selon ses croyances, ou un groupe de parole. Peu importe. Le simple fait de parler, de s’exprimer, de prendre du recul, de verbaliser… d’extérioriser le traumatisme, permettra de donner du sens à ce qui s’est passé.

Comment être moins angoissé au quotidien ?

Lors d’un traumatisme, Boris Cyrulnik, médecin, neuropsychiatre et psychanalyste, dit que l’on souffre deux fois: une première fois au moment de recevoir le coup, le choc ou la nouvelle ; une seconde fois lorsque l’on se fait la représentation de ce qu’il s’est passé (pourquoi m’a-t-il fait ça?…). Or, la rumination aggrave la souffrance, d’où l’importance d’agir.

– L’empathie

Il faut savoir que l’angoisse fait parti de la condition humaine. L’angoisse, à la différence de la peur, est un sentiment vécu en l’absence d’objet. Nous sommes angoissés à la simple pensée de l’avenir, de la mort, etc. Une des solutions nous permettant de moins ruminer serait de développer de l’empathie. L’empathie est cette capacité à comprendre l’autre et à vouloir l’aider. Il est intéressant de s’intéresser à l’autre même si nous sommes nous-même en train de souffrir. Le développement de l’empathie est un excellent facteur de protection.

– Le sport

Une autre méthode qui diminue les ruminations serait l’action. En effet, faire du sport, se fatiguer quotidiennement, à son rythme, permet de détendre les muscles, de diminuer le taux de sucre, le taux de graisse, d’augmenter le taux d’endorphine, hormone naturelle du bonheur. C’est un médicament anti-stress naturel. Il permettra également de mieux dormir, ce qui est indispensable pour se remettre progressivement d’un traumatisme. Le sport est donc un excellent tranquillisant. Il est inutile de vouloir commencer une compétition, ou un sport à haut niveau. Il suffit de commencer doucement, à son rythme, et de progresser au jour le jour.

– Ecrire

Il peut sembler important également d’écrire dans un carnet ses progrès quotidiens. Le faire de manière manuscrite, et non sur son téléphone portable par exemple, est conseillée. Chaque mot est reproduit lettre par lettre et cela donne davantage de sens à l’écriture. Oui mais quels progrès? Ceux que vous réalisez chaque jour, ceux dont vous n’étiez pas capable il y a quelques temps. Ceux qui vous permettent de reprendre confiance en vous. Même infimes peuvent-ils paraître, ils sont précieux. Boris Cyrulnik dit que la résilience se tricotte, c’est-à-dire que c’est un processus lent, mais nécessairement lent. Une fois écrit, vous aurez la possibilité de voir concrètement d’où vous êtes partis pour en arriver jusqu’ici. Chacun à son rythme. Pas à pas.

Il n’y a pas de recettes miracles et toute faite pour se sortir d’un traumatisme. Tout dépend de la nature de celui-ci et de notre histoire. Il est indéniable que si nous avons eu une enfance « secure« , et que nous avons eu « la boîte à outils » pour nous en sortir, cela semblera plus simple. Mais rien n’est impossible. Nos trois facteurs principaux de protection seraient donc l’affection (être entouré par des personnes qui nous soutiennent, ne surtout pas rester dans la solitude), la réflexion (pouvoir élaborer, faire un travail de la parole afin de donner du sens) et l’action (bouger, faire du sport, à notre rythme).

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